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L’ACCUEILLANT ACCUEILLI

Il était une fois, il y a 20 ans, en Belgique, la famille de l’artiste Richard Kenigsman accueillait un nouveau membre. Jonas, bientôt Jonah débarquait dans leur vie avec le tumulte et la tendresse de l’adoption. Richard et Jonah nous offrent le récit utérin de cet apprivoisement mutuel.

J’ai toujours aimé dessiner et peindre des histoires juives comme certains se plaisent à en raconter, avec humour et malice.
Mon imagination subversive et moqueuse s’emparait sans scrupule d’une blague, d’une affiche, d’un récit biblique pour les détourner de leur droit chemin.
Tremper ma plume dans la source et l’encrier biblique, quel plaisir !
Le style s’apparentait au Pop Art, un Pop Art juif, subversif qui procédait par montage, collage ou détournement.
J’accueillais souvent dans mes tableaux des personnages aux prises avec les rouleaux de la Loi : la Torah.
Je brossais par exemple des Torah dansantes et bondissantes dans les bras des rois, ou alors des Torah avalées par des prophètes comme des sabres magiques ou mieux encore des Torah fumées par de curieux religieux, intoxiqués par leurs espérances ou leurs certitudes.
« J’aime la loi et j’en fume » annonçait l’un de mes personnages.
Je prenais beaucoup de plaisir à ces petits jeux sans deviner qu’un jour, un de ces êtres recueilli sur mes toiles au détour d’une histoire, l’histoire de Jonas, me prendrait à son tour dans ses propres filets.
Voici cette histoire, celle de l’accueillant accueilli.
C’est mon histoire, celle d’un coup de filet pris à son propre piège, d’un pêcheur à la ligne engendrant sa propre lignée, d’un fil de récit transformé en fils.

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