« Les gardiens des lieux », de Baptiste Cogitore et Pascal Koenig

Sur les quelque 200 synagogues qui jalonnent l’Alsace, une quarantaine d’édifices est aujourd’hui affectée à de multiples usages. Le plus souvent simples remises de fermes ou maisons d’habitation, ces anciens lieux de culte servent aussi de casernes, de cinéma, d’ateliers d’artistes ou de salles communales.
Sous la forme de portraits des lieux et de ceux qui les habitent ou qui y travaillent, les images de Baptiste Cogitore et Pascal Koenig interrogent la notion de lieu de mémoire. Elles présentent aussi des initiatives qui tentent de redonner une vie – et parfois un sens – à des lieux désertés.
Le livre et l’exposition “Les Gardiens des lieux” ont été produits par le collectif strasbourgeois Rodéo d’âme. (www.rodeodame.fr)

Mommenheim
Depuis le début des années 2000, la mairie de Mommenheim (Bas-Rhin) loue l’ancienne synagogue au consistoire israélite du Bas-Rhin et l’utilise comme salle de sport. En contrepartie, la commune s’est engagée à entretenir l’ancien cimetière juif du village. Quand on y fait du sport, on tire le rideau pour masquer le vitrail de l’« œil-de-bœuf » : une manière de rompre symboliquement avec le passé du bâtiment.

Habsheim (Page précédente) Cédée en 1922 par la communauté juive à la commune de Habsheim (Haut-Rhin), la synagogue fut vendue à un particulier en 1926, qui la transmit à son fils en 1942. Le bâtiment servit de fenil jusqu’en 1991: les propriétaires actuels utilisent le bâtiment comme garage et comme établi. En septembre 2012, ils en ont ouvert les portes pour la première fois au public: selon eux, avant la manifestation, neuf personnes sur dix dans le village ne connaissaient pas l’existence de cette ancienne synagogue.

Fabienne Coraïni a commencé le jiujitsu il y a une dizaine d’années dans « La Synagogue », le nom officiel du gymnase de Mommenheim. Elle s’entraîne régulièrement avec son mari et ses enfants et se prépare à obtenir la ceinture noire. Son professeur, Hubert Nave, affirme qu’après la récente rénovation de la salle, « le lieu a perdu l’odeur de religion qui y flottait au début. On a mis un peu de temps à s’habituer au lieu pour passer de la prière au sport de combat ».

Roger Cahn est né en 1930. Il se souvient de l’exode dans le Jura après l’arrivée des nazis dans son village. Aujourd’hui, il est le dernier juif de Westhoffen et fait visiter l’ancienne synagogue aux gens de passage. Il se rend presque quotidiennement à Strasbourg pour aller prier à la Grande Synagogue du Parc des Contades.

Westhoffen
L’ancienne synagogue de Westhoffen (Bas-Rhin) attend une nouvelle jeunesse. L’extérieur a été rénové il y a quelques années par la commune. La transformation de l’intérieur fait débat. Chaque année, la synagogue ouvre ses portes pour la journée européenne de la culture juive et les journées du patrimoine. On y donne aussi de temps à autre quelque récital. L’acoustique y est en effet excellente.

  • Michel Serfaty
  • Mohammed Azizi

Le rabbin et l’imam des banlieues

Créée en 2004, l’Amitié Judéo-Musulmane de France sillonne les quartiers sensibles où s’exprime ouvertement la haine des juifs, en Ile-de-France et en province, à la rencontre des enfants, des adolescents et de leurs parents, faisant le pari de l’éducation et de l’échange humain pour tordre le cou aux clichés antisémites. Le rabbin Michel Serfaty et l’imam Mohammed Azizi, le binôme sans peur qui anime l’A.J-M.F., le reconnaissent volontiers, ils ne sont pas toujours les bienvenus. Mais, en s’appuyant sur les réseaux qu’ils ont construits en dix tours de France et d’Ile-de-France ainsi que sur les relations de leurs animateurs salariés, à 90 % de jeunes musulmans et musulmanes, ils parviennent à nouer des liens et voient les choses avancer à petits pas

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