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L’homosexualité nie-t-elle l’altérité ? Le débat des psys avec Serge Hefez

JEAN-PIERRE WINTER
PSYCHOLOGUE ET PSYCHANALYSTE

L’altérité est la reconnaissance subjective du fait que l’autre n’est pas moi. Plus je me projette en lui – c’est une des formes de l’identification imaginaire – moins l’autre existe, comme dans l’expression populaire « Je me mets à ta place ». S’agissant de certains homosexuels il arrive que la question se pose de savoir si leurs identifications ont été si totales qu’aucun autre, hors imaginaire, qu’eux-mêmes n’existe. Mais il y a tant d’homosexualités différentes… Ainsi n’est-ce pas Arthur Rimbaud qui donnera la plus illuminante définition de l’altérité quand il dira « Je est un Autre » ?

Rien ne permet de penser a priori qu’un homosexuel aura plus de difficultés qu’un hétérosexuel à reconnaître en lui la part de l’Autre, cet inconscient qui le rend étranger à lui-même, à sa conduite, à sa parole… Le doute ne naît que du regard porté sur son désir ou son amour de ce qui apparaît, de l’extérieur, comme un désir du semblable au détriment supposé du différent. Ce qui implique un mode de jouissance de l’autre, énigmatique pour ceux qui jouissent autrement. L’altérité suppose de se départir du fantasme d’un autre qui ne vous répondrait pas du lieu de son incomplétude, ce qui n’est possible qu’à la condition de ne pas faire de la particularité de sa jouissance une identité.

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