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L’actualité ravive les angoisses

Au sein du Centre Georges Devereux, havre de l’ethnopsychiatrie clinique, Tenou’a a rencontré Nathalie Zajde. Depuis 25 ans, cette psychologue cli- nicienne reçoit, individuellement ou en groupe, des rescapés de la Shoah, d’anciens enfants cachés et leurs descendants. Cette expérience lui permet de porter sur la transmission de cette mémoire et de ses pathologies et sur notre époque un regard unique, subtil et lucide.

Entretien avec NATHALIE ZAJDE
Maître de conférences en psychologie à l’Université Paris 8

Pourquoi avez-vous mis en place un nouveau groupe de parole « ouvert » d’anciens enfants cachés au Mémorial de la Shoah ?

La cellule d’aide psychologique du Centre Georges Devereux dédiée aux Survivants de la Shoah et à leur famille soutenue par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah a mis en place, à la suite des attentats terroristes et antisémites de janvier 2015 un nouveau type de groupe de parole. Un groupe « ouvert » à tous les anciens enfants cachés qui ressentent le besoin de se réunir et d’échanger au sujet des événements, d’évoquer ce qu’ils ravivent en eux. Ces réunions mensuelles, au Mémorial de la Shoah, ont surtout pour but de concevoir de manière consensuelle les modalités d’action les plus efficaces du point de vue psy. Avec les récents attentats antisémites, les participants ont l’impression que « ça recommence », que les juifs sont ciblés de la même manière que pendant la Shoah. Les vieux démons reviennent. Certains sont pris de panique, d’angoisse, de stress, de colère et de rage. Ils refont des cauchemars. Ils revoient les scènes d’arrestation de leurs parents, de leur fratrie, leur propre arrestation.

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  • Arnold Munnich

La Shoah est-elle génétiquement transmissible ?

« Le traumatisme de la Shoah se transmet génétiquement ». Tel est l’un des nombreux titres que l’on a vu fleurir dans la presse généraliste l’été dernier. Les médias s’emparaient d’un article publié dans la revue Biological Psychiatry par le Dr Rachel Yehuda, chercheuse à l’hôpital Mount Sinai de New York. Soudainement, nous quittions le champ traditionnel des sciences humaines et de la psychologie pour expliquer l’impact de la Shoah sur plusieurs générations. Le généticien Arnold Munnich nous explique pourquoi cette hypothèse, pour intéressante qu’elle soit, appelle la plus grande prudence.

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