Les six lions de la Torah

Le lion a six noms dans la Torah, qui le mentionne à de nombreuses reprises. Chacun de ces noms renseigne l’un des aspects de l’animal royal et ce qui lui confère tant d’estime biblique.

De manière générale, en hébreu, les mots ont une racine. Cette règle s’applique aux noms propres y compris les noms donnés aux animaux : ils ont une racine et donc une signification. Prenons le cas du lion, le plus célèbre des félins considéré comme le Roi des animaux, grâce à sa puissance et son aspect majestueux, ainsi que le disent les Écritures : « Le lion a rugi, qui n’aurait peur ? » (Amos 3 : 8). Le lion est de loin l’animal le plus fréquemment mentionné dans la Bible. Il y porte six noms selon son âge, sa puissance et son état : aryé, ary, kefir, lavi, layish, shahal et shahats.

Le lion dans la Bible
Aryé ou ary
Le mot aryé, vient d’une racine qui signifie : cueillir, ramasser, arracher, attraper, saisir sa proie. Ceci explique l’emploi du terme dans des versets tels : « le lion rugit-il dans la forêt s’il ne tient une proie ? » (Amos 3 : 4) : « ils ouvrent contre moi leur gueule, tel un lion qui déchire et qui rugit » (Psaumes 22 : 14) ; « Qu’y a-t-il de plus fort que le lion ? » (Juges 14 : 18).

Kefir
Ce terme désigne le lionceau après sevrage ou le jeune lion vigoureux, qui se cache pour guetter sa proie. Bien que le terme soit attesté plusieurs fois dans la Bible, son étymologie demeure obscure. On suppose que sa racine signifie : couvrir, enduire, cacher, comme dans le verset des Psaumes (17 : 12) « Le lionceau se tient en embuscade ».

Lavi
Lavi, au féminin levia : lion ou lionne adulte dans toute sa splendeur et sa puissance. Sa racine signifie « désirer, vider, éliminer », comme le lion avide de sa proie désire son gibier : « Son rugissement est comme celui du lion, » (Isaïe 5 : 29) ; « Et là, je les dévorerai comme un lion » (Osée 13 : 8). Le terme est également employé au sens figuré pour désigner la force et le courage : « Ce peuple se dresse comme un lion » (Nombres 23 : 24) ; « … ta mère, une lionne (levia), était couchée parmi les lions (arayoth) » (Ézéchiel 19 : 2). Ce verset illustre bien la puissance de la lionne (levia) qui est égale à celle des lions (arayoth).

Layish
Sa racine signifie : pétrir, mélanger, balloter, broyer, écraser, d’où le nom layish : animal qui écrase, qui dévore comme dans les versets : « Le lion, le plus fort des animaux qui ne recule devant rien » (Proverbes 30 : 30).

Shahal
Le lion est surnommé shahal surtout lorsqu’on veut symboliser le danger ou la peur, comme dans Job (10 : 16) : « Tu me pourchasses tel un lion sans relâche ». Shahal vient d’une racine qui signifie : se tapir, s’abaisser, s’accroupir. Le lion se creuse toujours une tanière, y couche et, comme dans une embuscade, guette sa proie.

Shahats
Le sens de cette racine est « orgueil, fierté, arrogance, vanité », caractéristiques du lion. Elle n’est attestée que deux fois dans la Bible et uniquement dans le livre de Job, ainsi : « Il est le roi des plus fiers des animaux (bné shahats) » (41 : 26).

Le lion dans la tradition juive
Dans la bénédiction donnée à Juda, Jacob surnomme son fils gouraryé yehuda. « Tu es un jeune lion, Juda, quand tu reviens, ô mon fils, avec ta capture ! il se couche…c’est le repos du lion (ari) et du léopard (lavi), qui oserait le réveiller ? » (Genèse 48 : 9). Ses qualités sont donc force, courage, fidélité, honnêteté, reprises dans la bénédiction de Moïse avant sa mort. Dans les deux cas, on prévoit un grand avenir à Juda qui jouera un rôle important dans l’histoire de son peuple et de son pays.

L’analyse des noms donnés au lion et la signification de leurs racines hébraïques, permettent de mieux comprendre pourquoi le Talmud considère, lui aussi, cet animal comme le « Roi des animaux ». Le lion est le symbole et l’emblème de la tribu de Juda dont le Roi David et sa dynastie sont issus. De nos jours, le lion continue à rugir sur l’emblème officiel de la municipalité de Jérusalem et deux avions de chasse de Tsahal portent les noms bibliques du lion : kefir et lavi.

Dans la littérature rabbinique, on trouve souvent la symbolique du lion, notamment quand le Shoulhan Aroukh de Rabbi Joseph Caro commence l’énoncé des lois relatives aux prières du matin en disant : « Sois fort comme un lion lorsque tu t’apprêtes à servir ton Créateur ».

Dans les midrashim, les proverbes et les expressions talmudiques, le lion est souvent mentionné en opposition avec le renard. En voici quelques exemples : « Le lion dont tu parles est devenu renard ». Rabbi Matiya Ben Heresh dit : « Sois à la queue des lions et non à la tête des renards » (Pirké Avoth 4 : 15). Par cette maxime, il est recommandé de préférer appartenir à la catégorie des meilleurs, des plus importants, même si l’on y est « classé » parmi les derniers. Cette catégorie est préférable à celle des médiocres, même si l’on en est le chef. En revanche, dans le Talmud de Jérusalem, on trouve un autre proverbe disant le contraire : « Tiens-toi à la tête des renards plutôt qu’à la queue des lions ». Comment comprendre cette contradiction qui nous met face à un dilemme : faut-il préférer la queue des lions ou la tête des renards ?