Petit guide biblique de rencontre amoureuse


Tinder, Bumble, Hinge, JSwipe…
Les applications de dating n’ont jamais été si nombreuses et, pourtant, on dirait parfois qu’il n’a jamais été aussi difficile de faire des rencontres.
Et si le secret pour trouver l’amour n’était pas à aller chercher dans les nouvelles technologies mais plutôt dans la sagesse antique de nos textes ?
Notre tradition a-t-elle de bons conseils love à nous livrer ?
Pour répondre à cette question, nous nous sommes penchées sur les grandes romances de la Torah, et en avons tiré ce petit guide biblique de rencontre amoureuse en cinq points, pour les cœurs esseulés et les esprits curieux !

© Marina Raiskina, “Holding the world”, toile et acrylique, 60 x 70 cm – www.marinapaint.com

1. Recherchez la bonté

La première rencontre amoureuse contée par la Torah est celle des patriarches Isaac et Rébecca. Cette rencontre n’est pas tout à fait spontanée. En fait, on a plus affaire à un bon vieux shidoukh, un mariage arrangé. Après la mort de Sarah, Abraham envoie son serviteur Éliezer chercher une épouse à son fils dans son pays d’origine. Sur le chemin, Éliezer se demande comment il va trouver la femme qu’il faut pour le fils de son maître. Comment la reconnaître ? Sur quel critère la choisir ? En passant devant un puits, il décide qu’il va s’y arrêter et que, si une femme propose de l’abreuver, lui et son chameau, ce sera la bonne ! Et paf, ce qu’il a imaginé survient : Rébecca surgit pour lui offrir de l’eau, ainsi qu’à sa monture. Il lui demande aussitôt de l’emmener dans la maison de ses parents, pour demander sa main au nom d’Isaac. Emballé, c’est pesé : la main est accordée, Rébecca accepte de le suivre, et ils rentrent ensemble sans plus attendre pour célébrer les épousailles. Que retenir de cette rencontre presque trop facile ? Eh bien, peut-être le critère retenu par Éliezer. Il n’a sélectionné ni la femme la plus belle, ni la plus talentueuse, mais la plus généreuse, celle qui a su faire preuve d’empathie envers un parfait étranger. Alors pour rencontrer la bonne personne (semble nous dire la Torah), soyez avant tout attentifs aux qualités du cœur !

2. Allez traîner
autour des puits

Si l’on vous dit « lieu romantique pour un premier date réussi », à quoi pensez-vous ? À une plage au coucher du soleil ? À un jardin embaumant la rose ou le jasmin ? Eh bien détrompez-vous ! À en croire la Torah, the place to be pour rencontrer l’âme sœur, c’est le puits ! La rencontre entre Isaac et Rébecca (par entremetteur interposé) n’est pas la seule à s’y dérouler. Deux autres célèbres histoires d’amour bibliques y font leurs débuts : celle de Jacob et Rachel puis celle de Moïse et Tsipporah. Dans les deux cas, comme dans celui d’Isaac et Rébecca précédemment, le puits est le lieu où va se manifester la vertu. Nos héros y font preuve de leur bonté et de leur force : Jacob en soulevant à lui seul un gros rocher qui en bloquait l’ouverture, Moïse en venant en aide à Tsipporah et à ses sœurs, que des bergers importunaient. Alors on peut se demander pourquoi ce choix du puits comme lieu de rencontre – après tout, ce n’est pas a priori l’endroit le plus glamour qui soit ! Outre le fait d’être un lieu de socialisation, que le puits peut-il nous signifier d’intéressant sur l’amour ?

D’abord le plus évident (et peut-être le plus niais, vous nous en excuserez) : dans le monde essentiellement désertique qu’est celui de la Torah, le puits comme lieu de rencontre vient sans doute nous dire que l’amour est aussi nécessaire à nos vies que l’eau dans le désert ; que nos vies, sans amour, seraient bien arides, et qu’on finirait rapidement par dépérir… Mais le puits est aussi, dans nos textes, un lieu d’élévation spirituelle. Certains héros sont des bâtisseurs de cathédrales – Abraham et Isaac étaient, eux, de grands creuseurs de puits ! D’après nos commentateurs, creuser un puits permet de faire entrer la lumière là où elle n’était pas auparavant. Le puits est ainsi, symboliquement, le lieu où l’humain éclaire les ténèbres en faisant surgir la présence divine… à travers la rencontre amoureuse peut-être ? Le puits représente enfin justement la faille nécessaire à cette rencontre avec l’autre. Zone liminale entre le dehors et le dedans, brèche creusée dans la surface de la Terre, il vient nous signifier l’espace qu’il faut faire à l’intérieur de soi pour entrer en relation – et même la nécessité d’avoir des fêlures pour faire de la place à l’autre. Alors, vous qui vous inquiétez de vos cassures, rassurez-vous ! Ce sont elles (aussi) qui vous permettent d’aimer.

3. Ne négligez pas l’alchimie

Bien que le choix de sa douce moitié doive, comme on l’a vu, reposer sur certaines qualités de cœur – la bonté, la générosité – les textes de notre tradition ne semblent pas pour autant nous encourager à observer des critères uniquement objectifs, en faisant fi de l’élan qu’on peut ressentir ou pas vis-à-vis d’une personne. Au contraire, le Tanakh met en scène de véritables coups de foudre, des moments où l’amour s’impose aux personnages, qui se retrouvent inexplicablement attirés l’un vers l’autre. En apercevant de loin son futur époux, Rebecca tombe ainsi carrément de son chameau (peut-être l’expression « tomber amoureux » vient-elle de là ?). Quant à Jacob, il est envahi par l’émotion dès qu’il voit Rachel pour la première fois : il se met alors à pleurer, et le premier baiser est échangé seulement quelques instants après.

Lorsque les personnages bibliques tombent amoureux, les étincelles et les papillons dans le ventre sont de la partie. En amour, la magie de la rencontre n’est pas une idée à abandonner !

On peut d’ailleurs s’interroger sur l’origine de cette émotion : qu’est-ce qui, chez Rachel, émeut tant Jacob ? Une hypothèse : Jacob vient à ce moment-là tout juste de quitter sa mère Rébecca, dont il était très proche, pour fuir la colère de son frère Esaü, dont il a usurpé la bénédiction. Il ne sait pas quand il reverra Rébecca, et sans doute lui manque-t-elle déjà. Peut-être que Rachel, étant la nièce de Rébecca (la fille de son frère Laban), lui rappelle sa mère. Peut-être aussi que, dans ce monde soudain devenu hostile, la vue de Rachel lui apporte un sentiment réconfortant de familiarité. Mais alors, selon la Torah, faudrait-il rester « en famille » pour tomber amoureux ?

4. « Qui se ressemble s’assemble » … ou pas !

Dans les romances bibliques mentionnées, une chose peut frapper : nos patriarches et matriarches se sont manifestement mariés entre personnes de la même origine, voire de la même famille. C’est même assez surprenant : Abraham envoie son serviteur chercher une épouse à Isaac dans son lieu de naissance, alors même qu’il l’a quitté, et que ce départ, suscité par le lekh lekha (« pars pour toi ») divin, est au cœur de son identité d’Hébreu (« l’Hébreu », ha-ivri, étant littéralement « celui qui est passé de l’autre côté ») De la même façon, à la génération suivante, Jacob va chercher une femme (voire deux, trois ou quatre) dans le lieu d’origine de sa mère. À partir de ces histoires, on pourrait penser que la Torah nous enjoint (d’ailleurs assez peu subtilement) à la plus stricte endogamie.

Pourtant, les choses sont plus compliquées que cela ! Des héros bibliques postérieurs d’importance majeure vont en effet se marier en dehors du peuple hébreu. C’est notamment le cas de Joseph, qui épouse Asnath, fille de l’Égyptien Potiphar, qui va donner naissance à Ephraïm et Ménassé – tout de même à l’origine de deux des tribus d’Israël ! C’est aussi le cas de Moïse, dont la femme Tsipporah est la fille de Jéthro, prêtre madianite, qui va faire office de second père et de mentor pour son beau-fils.

Alors quid des origines : sont-elles importantes ou pas dans le choix de l’être aimé ?

5. Plus que l’origine, ce qui compte, c’est d’avoir un projet commun

Partager un projet commun, aller dans la même direction, voilà un enseignement que l’on peut tirer de l’union d’Abraham et de Sarah. Abraham et Sarah symbolisent dans la tradition juive la bonté vis-à-vis de l’autre, de l’étranger, de celui qui est de passage. Persuadé de l’importance du message qu’il voulait transmettre, celui de l’existence d’un Dieu unique, le couple n’a cessé d’accueillir à bras ouverts les personnes qui croisaient son chemin. Ils ont construit ensemble ce foyer dont la mission était de diffuser le message de l’unité du divin, parfois même aux dépens de leurs propres intérêts. Dans une relation, un des plus grands défis à relever est certainement celui de dépasser les choses qui nous séparent pour construire ensemble un projet d’avenir. La relation amoureuse prend tout son sens lorsqu’un projet de vie permet à la fois de créer du lien entre les partenaires et, à chaque membre du couple, de se réaliser.