Témoignages, BD, romans, livres pour enfants: la sélection de Tenou’a

MÉMOIRES
SERGE ET BEATE KLARSFELD

Fayard-flammarion – 2015 – 26 €

Leur histoire commence sur un quai de métro parisien le 11 mai 1960. Elle, l’allemande, fille d’un soldat de la Wehrmacht. Lui, le Juif français, dont le père a été tué à Auschwitz. Il la drague sans vergogne à la station Porte de Saint Cloud. Le maire qui les unit leur fait promettre d’être un « couple exemplaire ». Ils ne le décevront pas. Le tournant de leur vie se produit en 1967. Beate est renvoyée de l’Office franco-allemand pour la jeunesse pour avoir dénoncé dans ses articles le passé nazi du chancelier Kiesinger. « Nous allons nous battre, et ce combat sera prioritaire, décide alors Beate. Nous nous battrons non pour nous donner bonne conscience, mais pour gagner ». Une vraie profession de foi que ce couple fusionnel a toujours chevillée au corps. La gifle de Beate à Kiesinger en 1968 est leur premier coup d’éclat. Suivront la tentative d’enlèvement de Lischka, la traque de Barbie en Bolivie… jusqu’aux procès Barbie (1987) et Papon (1997). Au cœur de leur combat, les Fils et Filles des Déportés Juifs de France forment leur deuxième famille. Leur grand œuvre reste la rédaction du Mémorial de la Déportation des Juifs de France qui recense les noms des 76.000 déportés. A 76 et 80 ans, ils n’ont pas perdu leur capacité d’indignation. Ce sont aujourd’hui le FN et l’islamisme qu’ils pointent du doigt.

Keren Lentschner-Kanovitch

SHANGHAÏ-LA-JUIVE
ROMAN DE MICHÈLE KAHN

Le passage – 2015 – 11,50 €

Dans les années trente, la ville de Shanghaï sur la côte est de la Chine, offre un avantage singulier pour qui cherche un refuge : il n’est nul besoin de visa pour y entrer. C’est ainsi que, dès 1933, plus de 20 000 juifs européens fuyant le nazisme débarquent dans cette ville cosmopolite et sulfureuse, repère de trafiquants et d’aventuriers, et y rejoignent les juifs chinois présents depuis près de 1 000 ans, les Baghdadis, juifs orientaux arrivés au XIXe siècle en passant par l’Inde et les juifs russes installés là depuis le début du XXe siècle.
Dans ce roman né de la rencontre entre la romancière Michèle Kahn et le « Paris de l’Orient », nous suivons Walter Neumann, pianiste juif autrichien séducteur et doublement amoureux. Entre fumeries d’opium et cafés chics, entre misère intense et luxe crâneur, Kahn nous immerge dans une ville fascinante et une histoire méconnue. Son écriture poétique et subtile, fourmillant de détails, permet de voir, d’entendre, de sentir même, y compris ce ballottement permanent et enivrant que provoque une mégapole surpeuplée et condamnée à lutter pour survivre. Avec l’invasion des Japonais qui enferment les juifs dans un ghetto, puis des communistes, le roman d’amour se mue en épopée vers Hong Kong et Macao. Ce gros livre (plus de 500 pages) est en fait la réédition du roman paru en 1997 et épuisé depuis longtemps.

L’ODYSSÉE DU MICROSCOPIQUE
BD DE OLIVIER F. DELASALLE ET LÉANDRE ACKERMAN

La boîte à bulles – 2015 – 15 €

Être journaliste juridique un brin cynique et se réveiller un matin atteint d’un mal étrange : se sentir heureux. C’est ce qui arrive à Elias, rapidement diagnostiqué par Sabrina, une sage-femme rencontrée au café, comme ayant subi auparavant un « déni de bonheur ». Elias accompagne Sabrina, qui voudrait bien devenir rabbin, visiter son grand-père à Tel Aviv, et apprend à vivre heureux. C’est frais, inattendu, optimiste et spirituel, et très efficacement servi par un dessin subtil aux jeux d’ombres et de lumière étonnement photographiques.

JAN KARSKI,
L’HOMME QUI A DÉCOUVERT L’HOLOCAUSTE
BD DE MARCO RIZZO ET LELIO BONACCORSO

Steinkis – 2014 – 16 €

« Monsieur, je n’ai pas dit que ce jeune homme mentait. J’ai dit que je suis incapable de le croire. Ce n’est pas la même chose. »
1939. Jan Kozielewski, jeune Polonais de bonne famille, catholique, est happé par la guerre. Sous le nom de Jan Karski, il devient un agent de la résistance. Sa mission : s’introduire au cœur du ghetto de Varsovie puis dans un camp d’extermination et transmettre son rapport au Président des États-Unis.
Adaptation de l’autobiographie de Karski, ce roman graphique magistralement réalisé par deux auteurs italiens est capable de nous emmener très loin dans l’horreur sans voyeurisme ni complaisance coupable.

ÉTOILE FILANTE : CONNAISSONS-NOUS VRAIMENT CEUX QUE NOUS CROYONS CONNAÎTRE ?
ROMAN POUR ENFANTS (À PARTIR DE 11 ANS) DE YOURI DE PAZ

Oskar éditeurs – 2015 – 9,95 €

C’est une histoire de sous-entendus, de malentendus et de secrets de famille. Stella Frei, une adolescente allemande, trouve une vieille photo dans le grenier : son grand-père qu’elle adore, Otto Frei, en uniforme de la Wehrmacht, arrête un enfant juif à la sortie de l’école. Boule- versée, Stella pose des questions qui dérangent. En butte au silence obstiné de sa famille, poussée par l’envie d’en savoir plus sur le passé de son grand-père, Stella décide de mettre fin aux non-dits et découvre des secrets qui datent de la Seconde Guerre mondiale…
Youri De Paz, déjà connu pour Réveille-Martin, signe ici un roman à l’écriture fluide sans être infantile, qui ne cesse de surprendre par la subtilité de son histoire. Rien n’y est jamais aussi simple, aussi tranché qu’on pourrait le penser. Une façon brillante d’aborder les complexités de l’Histoire pour des enfants dès la préadolescence.

LA TORAH COMMENTÉE POUR NOTRE TEMPS EXODE, LÉVITIQUE
DE HARVEY J. FIELD, PRÉFACE DU RABBIN PAULINE BEBE

Le passeur – 2015 – 24,90 €

Deux ans après le premier tome consacré à la Genèse, Le Passeur publie en français les commentaires systématiques consacrés aux deuxième et troisième livres de la Torah. Le génie de cet ouvrage monumental de l’Américain Harvey Field réside dans le dialogue permanent entre le texte, les commentateurs les plus anciens ou traditionnels et des penseurs d’aujourd’hui. Ce ping-pong des temps et des hommes donne à l’ensemble une résonance éminemment contemporaine. Écrit dans un langage clair mais précis, il donne à penser aux plus candides comme aux plus érudits des lecteurs.

REVOIR TANGER
ROMAN DE RALPH TOLEDANO

La grande ourse – 2015 – 22 €

Édith, jeune femme issue d’une lignée de rabbins exilés d’Espagne, quitte le séduisant jeune homme avec qui elle partage un amour nourri de passions esthètes, pour rejoindre le Maroc qu’elle a quitté brutalement dix ans plus tôt. En retrouvant, à Tanger, sa maison et ses souvenirs d’enfance, Édith reprend un dialogue interrompu avec la terre de ses ancêtres.
Deux ans après Un prince à Casablanca, l’historien Ralph Toledano livre son deuxième roman, Revoir Tanger, qui ne dément ni les formidables qualités de conteur immersif de son auteur, ni sa fascination contagieuse pour un Maroc du passé. Sa plume, toujours aussi efficace, vous prend par la main en douceur pour vous emmener, de subtilités en allusions, bien loin du chemin que vous croyiez emprunter en ouvrant le livre.

Trésors du ghetto de Venise
MUSÉE D’ART ET D’HISTOIRE DU JUDAÏSME

En septembre 1943, deux responsables des services religieux des synagogues espagnole et levantine du ghetto de Venise cachèrent une quarantaine d’objets précieux avant l’entrée des nazis dans la ville. Déportés, ces deux hommes ne revinrent jamais des camps d’extermination. Récemment, les objets soustraits aux spoliations ont été redécouverts à la faveur de la restauration de la synagogue espagnole.

Présentés dans les salles italiennes du MAHJ, ces trésors d’orfèvrerie liturgique, pour l’essentiel en argent, compte des couronnes de Torah, des ornements de bâtons de Torah, des mains de lecture, des boîtes à aromates, des lampes de Hanoukka, des lampes de synagogue, des coffrets de Torah, des plats, un bassin et une aiguière.

Institué le 29 mars 1516, le ghetto de Venise, dont on célébrera bientôt le cinquième centenaire, fut le premier d’Europe. Conçu comme un espace de ségrégation fermé la nuit, il devint pourtant le berceau d’une communauté de juifs originaires d’Italie, mais aussi des pays germaniques, du Levant et d’Espagne. Son cosmopolitisme et la prospérité de ses habitants en ont fait un creuset culturel original.

Jusqu’au 13 septembre 2015, au 71 rue du Temple, 75003 Paris