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Édito : En chemin vers ses fantômes

L’édito du numéro hors-série Yom HaShoah 2014.

Les enfants adorent se cacher derrière les rideaux pour jouer aux fantômes. Ils jouent et rejouent à l’infini, et en accéléré, la comédie de l’escamotage et des retrouvailles presque simultanés. Mais derrière ce doux jeu de voile se cache une question douloureuse : celle de l’absence et du manque. Où se cachent ceux qui ont disparu ? Habitent-ils encore notre espace et nos vies ?
D’où vient la représentation traditionnelle du fantôme recouvert d’un linge blanc et flottant dans les airs ? Tout simplement de l’habit mortuaire traditionnel, ce linceul dans lequel les juifs continuent d’enterrer leurs morts et que le judaïsme d’Alsace-Lorraine nomme sargueness.
Selon la tradition juive, l’habit mortuaire doit être scellé par une couture qui enveloppe le disparu. Le fantôme apparaît a contrario comme celui dont le vêtement est lâche, ou mal cousu. Les extrémités de son habit flottent et, privé de fermeture, le voilà qui hante notre monde.

Les fantômes de la Shoah habitent encore l’univers de bien des êtres. Ils font d’eux ce qu’Ivan Jablonka appelle des « enfants-Shoah », des individus hantés ou traversés par les crimes de la Shoah et « dont la personnalité ne se comprend pas sans eux ». Aux « enfants-Shoah » se posent, encore et encore, les questions lancinantes : Comment faire le deuil de disparus sans linceuls ni sépultures ?

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