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Le poinçonneur des Lilas

Depuis qu’elle pratique l’activité de traductrice, Rosie Pinhas-Delpuech a entendu de si nombreuses fois l’annonce de la mort prochaine de cette profession qu’elle rit sous cape aujourd’hui lorsqu’on prédit que l’I.A. la remplacera bientôt.
Entre rêve anesthésié et souvenirs d’éditrice et de traductrice, elle interpelle ici Madame IA, dans un même-pas-cap’ sacrément feel-good.

© Sarite Rosenwww.saritsurosen.com
Écoutez cet article lu par Élie Papiernik

C’était il n’y a pas longtemps, je devais subir une opération. On m’a un peu shootée pour que je me tienne tranquille et on m’a fait une anesthésie locale conséquente. D’abord j’ai entendu une agréable voix d’homme jeune me demander si je sentais quelque chose, je ne savais pas ce que je devais sentir, alors je n’ai pas répondu. J’ai noté que la voix n’était pas celle de mon chirurgien qui avait un très agréable accent italo-argentin. Je savais qu’il devait opérer avec un collègue, c’était donc le collègue, sa voix me convenait. Il y a eu des bruits d’eau, de liquide, puis une voix de GPS femelle a dit : « incision de x millimètres… infusion de… », la voix française a dit, « oui, tu coupes là, à droite », « Ici ? », a dit enfin mon Italo-Argentin, et je me suis détendue, ils ont murmuré pendant longtemps tout près de mon oreille, deux potes qui faisaient équipe, l’un guidant l’autre, le soutenant, de temps en temps il y avait un « bravo ! » et par moments, la femelle GPS disait « infusion » ou autre chose, sa voix n’a laissé dans ma mémoire aucun autre souvenir que le GPS d’une voiture.

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