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Expérience de l’ivresse

L’ivresse est une expérience : du plaisir, mais aussi de l’excès, du débordement. Elle est une figure de la lutte entre Eros et Thanatos qui seule permet de vivre.

© Roee Rosen, Fake Martyr, 1991 – Courtesy Rosenfeld Gallery, Tel Aviv

JE VOUDRAIS TRAITER DE L’IVRESSE COMME EXPÉRIENCE FONDAMENTALEMENT HUMAINE, état d’exaltation et de déséquilibre, provoqué par l’absorption d’alcool; l’ivresse au sens propre, où le corps est impliqué. Au premier abord, elle est en lien avec le plaisir : on cherche à atteindre un état de relâchement, de joie, de soulagement de l’angoisse. L’alcool altère les fonctions cognitives et lève les inhibitions, permettant l’accès à un autre monde. Très vite, pourtant, la question de l’excès se pose : on a trop bu quand le plaisir bascule en déplaisir, douleur physique ou morale, perte de mémoire, gueule de bois du lendemain. Dans le champ de la santé mentale, on y associe la figure de l’alcoolique, du dépressif, du fou. Dans d’autres champs, comme celui de la littérature, on pense à l’ivresse en lien avec la création, et la figure qui surgit est celle du poète maudit. Il semble que quelque chose du négatif, qui se dit là, soit intrinsèque à l’expérience de l’ivresse.

Au moment de la fête de Pourim, lors de la célébration du miracle du récit de Esther, le Talmud prescrit de se saouler, jusqu’à « ne plus être en mesure de faire la différence entre “Béni soit Mordechai” et “Maudit soit Aman” ».

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