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Les coiffeurs et Peau d’Âne

Les cheveux, les poils sont, pour le judaïsme comme pour toutes les traditions, des objets à codifier, à encadrer, à ritualiser, des objets d’enjeux. Et, comme souvent, si la pilosité masculine pose question, c’est avant tout le cheveu et le poil féminins qui concentrent toutes les attentions.

© Avner Ben Gal, The Rover II, 2012, 160 x 120 cm, oil on canvas

Au premier jour du « déconfinement », le scénario est connu et ne surprend personne. Les salons de coiffure et d’esthétique ne désemplissent pas, comme si, parmi tous les lieux à nouveau accessibles, ils étaient ceux qui nous avaient le plus manqués. On se bouscule pour les retrouver comme s’ils étaient le passage obligé d’un retour au monde, le péage de notre libération.
Les cheveux et les poils, coupés, brossés ou épilés, c’est-à-dire apprivoisés, seraient indéfectiblement liés à notre réintégration à l’univers décloisonné et à la vie partagée.

Comment le comprendre ? Peut-être en acceptant qu’ils représentent l’intime par excellence, ce qui au plus près de soi touche à la fois à la gêne et à la séduction, à l’ultra-personnel et aux codes partagés d’une société. Le contrôle de la pilosité est politique, au sens premier du terme : elle dit notre place dans la cité et la société.

Il en est ainsi dans toutes les traditions. Toutes ritualisent et codifient les usages capillaires, ce qu’il est convenu d’exhiber ou de cacher, ce que telle ou telle coiffe dit de notre statut social. Le cheveu dit toujours la jonction entre les mondes intérieur et extérieur.

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